jeudi 8 décembre 2011

Enfumée...

Une identité d'abord. Un côté outsider, rebelle, au début. A l'adolescence. Maintenant, une image sociale. Un côté irresponsable, enfantin, excentrique. Quelle idée de s'empoisonner soi-même ? C'est irresponsable et dangereux ! Justement. Un des rares moyens de montrer à tous qu'on s'en fout. De tout. Même si c'est pas vrai au fond. Et ça va croissant, avec le changement de statut de la cigarette. Et le nombre d'ex-fumeurs qui augmente. Plus ils arrêtent de fumer, plus je veux continuer. Marquer une différence. Toujours la même chose. Catégoriser. Identifier. Se démarquer. Encore.

Et puis qui peut lutter contre l'image poétique du gars paumé qui fume sa cigarette d'un air rêveur et mélancolique sur un bout de trottoir. La fille brisée qui s'échappe dans les volutes de la fumée de sa clope. Un côté mystérieux. Un côté j'm'enfoutiste. Un côté enfant perdu. Dans "This must be the place", on dit à Sean Penn qu'il n'a jamais fumé parce qu'il n'a jamais grandi, il n'est jamais devenu un adulte.
On commence à fumer pour faire comme les grands. Je pense que si j'ai commencé, c'est surtout pour tester la vie de grand. Pour y rentrer un peu avant. Parce que j'avais peur. Je me suis dit que si j'y posais un orteil en avance, ce serait moins dur pour le grand saut obligatoire. Toujours provoquer le changement pour ne pas le subir. Maintenant je m'y raccroche parce que c'est devenu un bout d'enfance. Un bout d'irresponsabilité. Un bout d'inadaptation au monde lisse et aseptisé des adultes. Un bout d'absurdité imposée par moi même contre le tas d'absurdités imposées par les autres.